une guerre contre la théorie de évolution

Créationnisme contre évolution : la querelle est ancienne. Le procès de John Scopes, en 1925, figure dans tous les manuels d'histoire. Le professeur de biologie fut poursuivi ­ et condamné à une amende de 100 dollars ­ pour avoir enseigné les théories de Darwin. Il a fallu attendre 1987 pour que la justice interdise définitivement l'enseignement du créationnisme, au nom de la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Depuis, les fondamentalistes se présentent comme les victimes d'une pensée dominante. Ils ne réclament pas que l'on enseigne le créationnisme dans les écoles, mais que l'on mette fin à la "censure"  et que l'on admette que l'évolution puisse être contestée, ce qui, pour l'immense majorité des scientifiques, relève de l'hérésie.

L'offensive actuelle s'exerce surtout au niveau des programmes scolaires. Aux Etats-Unis, les écoles publiques dépendent de conseils d'administration qui sont élus à l'échelon des comtés. Il suffit d'une majorité au school board pour modifier les programmes. Dans une vingtaine d'Etats, les militants ont introduit des mesures pour affirmer que Darwin n'est pas infaillible. Dans le comté de Cobb, en Géorgie, les créationnistes ont relancé l'une des principales techniques employées depuis les années 1970 : la mise en garde sur les manuels de biologie. Un autocollant a été apposé sur la page de garde : "Ce livre contient des informations sur l'évolution. L'évolution est une théorie, pas un fait, relative à l'origine des êtres vivants. Ces informations doivent être approchées avec un esprit ouvert, étudiées soigneusement et considérées avec un esprit critique."  Le 13 janvier, un juge a ordonné le retrait des autocollants. Les créationnistes ont obtenu un délai de grâce jusqu'à la fin de l'année scolaire et ils ont fait appel.

Les conseils scolaires sont relayés à l'échelon politique local. En janvier, un sénateur du Mississippi a introduit une proposition de loi visant à assurer"un traitement égal"  pour les deux théories. Dans ses attendus, le texte affirme que la théorie selon laquelle l'Univers trouve son origine dans l'oeuvre d'un"créateur tout-puissant"  est"aussi satisfaisante sur le plan scientifique que l'évolution" . Et, ajoute-t-il, de nombreux citoyens"sont convaincus que l'endoctrinement exclusif de leurs enfants dans le concept de l'évolution est un acte d'hostilité à l'égard de leur foi" .

La proposition a été rejetée, tout comme celle qui a été introduite dans l'Arkansas. Dans l'Alabama, c'est une variante qui a été soumise aux législateurs, sur la "liberté en milieu éducatif" ; liberté de présenter des alternatives à l'évolution.

UNE FORCE SUPÉRIEURE

Dans le Kansas, théâtre d'une grande bataille en 1999, le Conseil des écoles, ramené au pouvoir par les élections de novembre 2004, a remis sur le métier son projet de modification des programmes. La définition même de"science"  est révisée. Terminologie actuelle : la science est"l'activité humaine qui consiste à chercher des explications naturelles à ce que nous observons autour de nous" .

Langage proposé : la science est "une méthode systématique d'investigation"   qui cherche des"explications adéquates aux phénomènes naturels" . Les explications "naturelles"  ont disparu.

Sur l'arbre de vie de Darwin, les responsables éducatifs du Kansas proposent de souligner que cette"vision que les êtres vivants sont les descendants modifiés d'un ancêtre commun"  a été"remise en question ces dernières années" , notamment par la découverte de fossiles qui témoignent de "soudaines explosions d'une complexité accrue"  ("the Cambrian Explosion" ). Aucune des propositions n'a encore été adoptée. Les juges ont endigué, de leur côté, les "opérations autocollants" . Mais les scientifiques s'inquiètent d'avoir vu apparaître un adversaire professionnalisé et bardé d'un nouveau concept, l'Intelligent Design (ID). Le "dessein intelligent" .

DES MILITANTS LOCAUX

"En 1999, nous avions affaire à des militants locaux, de jeunes créationnistes qui croient que la Terre s'est créée en moins de dix mille ans, explique Jack Krebs, un professeur du Kansas qui dirige le comité de révision des programmes de biologie et essaie d'endiguer les efforts créationnistes. Aujourd'hui, on retrouve exactement les mêmes, mais ils sont aidés par les responsables du Discovery Institute."  Cet institut, installé à Seattle en 1996, est une sorte de think tank du mouvement créationniste."Cela leur permet de présenter un défi beaucoup plus sérieux" .

Le "dessein intelligent"  est décrit comme la version"séculaire"  du créationnisme. Il n'est plus question ­ nominalement ­ de Dieu, mais d'une force supérieure qui ne peut qu'être à l'origine de cette chose si compliquée qu'est la vie. Les partisans de l'ID soulignent la perfection de la mécanique des cellules, "les lignes d'assemblage, les centrales thermiques, les unités de recyclage, et les monorails miniatures qui véhiculent les éléments de part et d'autre de la cellule" . Bien trop sophistiqué, selon eux, pour être le fruit du hasard ou de l'évolution.

L'un des promoteurs du "dessein"  est Michael Behe, professeur de biologie et auteur du livre Darwin's Black Box : the Biochemical Challenge to Evolution. Pour lui, il n'y a pas incompatibilité. Pourquoi la science ne pourrait-elle pas"accepter l'idée d'un dessein" ? De plus en plus de scientifiques"voient un rôle à la fois pour l'empirisme de l'évolution et pour l'élégance du dessein" , assurait-il le 7 février dans le New York Times.

Selon ces néocréationnistes, la biochimie a mis Darwin à l'épreuve."Combien d'évolutionnistes accepteraient l'idée que des changements aléatoires dans un programme informatique produisent une version améliorée ?, interroge l'un d'eux. Pourtant, c'est exactement ce qu'ils essaient de nous faire croire quand l'ADN subit une mutation au cours du processus d'évolution."

Les créationnistes jouent sur du velours. Selon un sondage CBS de novembre 2004, 55 % des Américains croient que "Dieu a créé les humains dans leur forme actuelle"  (67 % des républicains ; 47 % des démocrates). 13 % seulement croient que Dieu n'y est pour rien. Et 27 % adoptent l'idée d'une oeuvre conjointe : "Les hommes ont évolué. Dieu a guidé le processus."  A 65 %, les Américains veulent que le créationnisme soit enseigné en même temps que l'évolution.

Les professeurs de biologie, eux, sont en état d'alerte. A Dover, en Pennsylvanie, lorsque le Conseil des écoles a recommandé, en janvier, de lire aux élèves un préambule affirmant que l'évolution est une "théorie, pas un fait" , huit d'entre eux ont refusé.

Selon un sondage réalisé fin mars, 31 % des professeurs se déclarent soumis à des pressions de la part de parents ou d'élèves pour inclure le créationnisme ou l'ID dans le programme. Le 4 mars, l'un des responsables de l'Académie des sciences, Bruce Alberts, s'est ému dans une lettre à ses collègues : "L'un des fondements de la science moderne est actuellement négligé, voire même banni, des cours de sciences."  Il les a appelés à relever un "défi croissant" , enseigner l'évolution dans les écoles publiques.

A cause de l'importance de la droite religieuse dans la réélection de George W. Bush en novembre 2004. Les conservateurs chrétiens estiment que le président leur doit quelque chose. Au contraire de l'avortement, l'évolution est une cible facile. Il n'y a pas de lobby important, pas de bataillons pour défendre ce sujet. Les scientifiques ne constituent pas une force électorale. Face aux attaques actuelles, la communauté scientifique est en émoi mais elle n'est pas organisée politiquement pour se défendre.

Une vingtaine d'Etats sont concernés par des tentatives visant à relativiser les théories de Darwin. Croyez-vous à une offensive centralisée ?

Non, ce n'est pas centralisé. C'est essentiellement au niveau de la base que cette offensive se manifeste. Il y a un fort soutien populaire au créationnisme dans ce pays. C'est un héritage historique. Et le créationnisme est devenu en quelque sorte un produit d'exportation américain. On le trouve en Corée du Sud, en Australie. Maintenant le mouvement grandit dans les pays de l'ancienne Union soviétique. Des missionnaires partis enseigner l'anglais en Europe de l'Est utilisent du matériel créationniste.

Le danger est-il réel ? Après tout, le créationnisme n'est enseigné nulle part. On voit surtout des batailles judiciaires pour l'instant.

Oui, c'est vrai, les juges ont arrêté toutes les tentatives pour enseigner le créationnisme jusqu'à présent. Mais la loi peut évoluer. Et le président Bush nomme systématiquement des juges conservateurs.

Il faut se rappeler qu'aux Etats-Unis l'éducation dépend des districts scolaires. Elle est décidée au niveau local. Il n'y a pas de contrôle des programmes comme en France. On recommande simplement aux enseignants les matières qu'ils doivent couvrir.

Le danger est que les enseignants fassent de l'autocensure. Dans beaucoup d'endroits, l'évolution est passée sous silence. Les professeurs préfèrent glisser rapidement sur le sujet. Il n'est pas question d'enseigner le créationnisme, c'est illégal. Mais pour les conservateurs, le simple fait que l'évolution soit relativisée, c'est un succès.

L'autre danger que nous voyons, c'est l'apparition de l'idée de "dessein intelligent" . C'est une nouvelle forme de créationnisme en quelque sorte, qui ne mentionne pas directement Dieu. Pour la première fois, un juge va se prononcer sur cette notion, à partir de l'exemple de Dover, en Pennsylvanie.

Les créationnistes affirment qu'il n'est pas question de Dieu et qu'ils ne cherchent qu'à voir présenter le "dessein intelligent"  comme une alternative scientifique à l'évolution.

Mais c'est une farce. Ce qu'ils ont en tête, c'est le même bon vieux créateur : Dieu.

La lutte contre le darwinisme n'est pas une spécialité nord-américaine. Elle essaime parfois aussi dans les salles de classe françaises. "J'ai eu l'occasion d'assurer des travaux personnels encadrés -TPE- en lycée sur l'évolution. Il était clair que les élèves avaient puisé sur Internet des éléments du Discovery Institute" , témoigne Guillaume Lecointre, professeur au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN).

Le Discovery Institute, basé à Seattle, est le plus ardent promoteur aux Etats-Unis du "dessein intelligent" . Ces conceptions apparaissent sur les moteurs de recherche et quiconque omettrait l'accent sur le "e" d'évolution est presque assuré d'y être automatiquement renvoyé. "Mais ces contenus sont aussi largement traduits, notamment en français" , assure Guillaume Lecointre.

La thèse centrale des tenants du "dessein intelligent"  ? La vie est trop complexe pour résulter d'une évolution guidée par un processus aveugle de mutation/sélection. Là où il y a horloge, il y a forcément un horloger. Son cheval de bataille actuel est le flagelle de la bactérie, qualifié de "machine la plus efficace de l'Univers" . Ce moteur rotatif évolue à plusieurs dizaines de milliers de tours par minute.

Constitué d'une cinquantaine de molécules, il ne peut, selon les membres du Discovery Institute, qu'être une pièce d'ingénierie et non le résultat d'une série de pas successifs sélectionnés par l'évolution.

Pour Guillaume Lecointre, les thèses défendues par le Discovery Institute constituent le prototype d'une nouvelle "désinformation instruite"  qui prend le relais des formes anciennes de créationnisme. Les critiques passées du darwinisme s'appuyaient sur l'exemple de l'oeil, organe lui aussi jugé trop complexe pour être uniquement le fruit de processus naturels. En empruntant aux registres de la biochimie et de la génétique, "il s'agit désormais, pour les spiritualistes, afin de crédibiliser le message des scientifiques, de paraître plus scientifiques qu'eux" , estime-t-il.

Ces critiques adressées à la théorie de l'évolution se fondent sur "une série de raisonnements analogiques, d'objections fausses, de confusions épistémologiques et de décalages d'échelle dans la critique" , dont le chercheur français détaille les ressorts dans un ouvrage collectif récent (Les Matérialismes et leurs détracteurs, Syllepse, 800 p, 33 €). Il prend la peine de répondre sur le site du CNRS (http ://www.cnrs.fr/cw/dossiers/dosevol/decouv/articles/chap1/lecointre1.html) aux 10 questions que Jonathan Wells, membre du Centre pour le renouveau de la science et de la culture, suggère aux élèves de poser en classe de sciences naturelles pour embarrasser les enseignants.

En France, il arrive plus rarement à ces derniers d'être confrontés à une résistance des élèves sur les questions d'évolution. Corinne Fortin, professeur en sciences de la vie et de la Terre au lycée de Torcy (Seine-et-Marne), estime cependant que, ces dernières années, "les idées créationnistes ont pris plus de poids" . Auteur, en 1993, d'une thèse consacrée à l'enseignement de l'évolution, elle dit ressentir les effets du fondamentalisme religieux. "Avant, seuls les Témoins de Jéhovah proposaient des objections" , explique-t-elle. Aujourd'hui, "le vrai danger sur Internet vient de sites militants qui peuvent séduire des élèves même non pratiquants" , dit-elle.

"Ces questionnements ne sont pas négatifs, à condition que l'on veille et qu'on y réponde" , estime Jean Ulysse, secrétaire général de l'Association des professeurs de biologie et de géologie, qui avait coutume de débuter le cours sur l'évolution par une présentation des conceptions créationnistes ­ précisément pour montrer en quoi leur démarche n'était pas scientifique. Mais si l'on enseigne toujours les faits évolutifs, "depuis quelques années, la théorie de l'évolution n'est plus dans les programmes" , regrette-t-il.


Le croquis montre un primate qui se transforme en Homo sapiens. Publié en "une" du quotidien polonais Gazeta Wyborcza, l'un des titres les plus importants de la presse nationale, dans son édition de jeudi 19 octobre, ce dessin sur les origines de l'homme est au coeur d'un incident survenu dans un lycée de Lodz, à 135 kilomètres au sud-ouest de Varsovie. Un professeur avait pensé l'afficher sur le mur d'une salle de classe. Pourtant, il est resté au placard "pour que personne n'y voie une provocation", explique la direction du lycée.

Et pour cause. Quelques jours plus tôt, samedi 14 octobre, Miroslaw Orzechowski, vice-ministre de l'éducation polonais et député de Lodz arborant les couleurs de la Ligue des familles polonaises (LPR, extrême droite ultracatholique), avait remis en question la théorie de l'évolution, celle que Charles Darwin avait exposée en 1859 dans son livre L'Origine des espèces, et que le pape Jean Paul II avait qualifiée de "plus qu'une simple hypothèse".

La réduisant à un "mensonge", M. Orzechowski a condamné la théorie évolutionniste à n'être qu'"une histoire à caractère littéraire qui pourrait servir de trame à un film de science-fiction". Il a voué aux gémonies "une conception lâche d'un vieil homme non croyant".

Pour Roman Giertych, le controversé ministre de l'éducation polonais et chef de file de la LPR, entré en mai au gouvernement à l'appel de la droite conservatrice, "la Pologne est un pays libre. Chacun a le droit d'y exprimer ses opinions". Ce qu'il pense des déclarations de son vice-ministre ? "Je ne suis pas un scientifique, je ne peux pas juger ces propos. Je vous invite à contacter mon père, qui est par ailleurs biologiste, pour en débattre. Ce n'est pas à moi, en tant que ministre de l'éducation, de prendre position", rétorque-t-il.

"PROVOCATION"

Dans la ligne de mire de la LPR, la théorie de Darwin avait déjà, début octobre, fait l'objet d'attaques virulentes lancées par le père du ministre de l'éducation, Maciej Giertych. Eurodéputé LPR, ce dernier avait demandé le retrait de la théorie des programmes scolaires, prétextant qu'elle n'est "pas soutenue par des preuves".

"La déclaration de M. Orzechowski relève soit d'une provocation, destinée à tester les réactions de la société polonaise, soit d'une intime conviction, celle d'un ultracatholique persuadé qu'il existe une conspiration contre Dieu et contre la vérité portée par la religion catholique", note Karol Sabath, paléontologue au Musée de l'évolution à Varsovie. "C'est la première fois à ce niveau de l'Etat, et de surcroît au ministère de l'éducation, qu'une voix condamne ouvertement la théorie de Darwin." "Maciej Giertych, un créationniste notoire, avait déjà tenu des propos identiques, quelques années plus tôt", précise-t-il.

Comment expliquer le silence de l'exécutif polonais, notamment du parti conservateur Droit et justice, (PiS), sur la prise de position de M. Orzechowski ? "En réagissant maintenant, la droite s'engagerait dans un débat difficile", analyse le politologue Bohdan Szklarski. "En même temps, son silence renforce certains stéréotypes de la Pologne à l'étranger - ceux d'un pays trop catholique et conservateur. Mais je doute que le gouvernement actuel s'en préoccu

Pour une raison inconnue, les petits Américains passent un temps considérable à ingurgiter tout ce qu’ils peuvent sur les dinosaures. Il n’est donc pas étonnant qu’un musée qui cherche à modeler l’esprit des enfants déploie quantité de triceratops, diplodocus et autres stégosaures, en plastique ou animés tels des robots. Des institutions fort sérieuses, comme le Smithonian Museum à Washington, sont passées par là. Mais voilà, à Petersburg, au cœur des collines du Kentucky, les tyrannosaures et quelques vélocirapteurs batifolent en parfaite harmonie aux côtés d’enfants souriants (en plastique aux aussi). Ce tableau, propre à effrayer tout spectateur de Jurassic Park, a le don de hérisser le poil de n’importe quel naturaliste qui sait que les dinosaures et les humains ont raté leur rendez-vous de 60 millions d’années. Pas ici, car nous sommes au musée de la Création, fondé sur la parole littérale de la Bible (Ancien et Nouveau Testament), qui fait remonter l’âge de notre bonne vieille planète Terre à 6 000 années maximum. Alors, T-Rex et Cro-Mag partenaires de jeu, pas de problème.

Il fallait bien que ça arrive un jour. Vexés de s’être fait ridiculiser en 1925 lors d’un des procès les plus célèbres du XXe siècle, les créationnistes américains n’ont eu, depuis, de cesse de reprendre pied dans les écoles du pays. Après la tentative, une nouvelle fois avortée l’an passé, de faire valider l’apprentissage de la «conception intelligente» («intelligent design») de l’univers par «un être supérieur», ils ont choisi une autre forme d’enseignement : la muséologie. Imaginé par Ken Ham, un évangéliste australien, le Creation Museum, qui a ouvert ses portes fin mai après 27 millions de dollars d’investissement, ambitionne, selon son fondateur, «de démontrer que tout ce qui est contenu dans la Bible peut être défendu par la science moderne». Sans oublier les dinosaures, bien sûr, car, d’après Ken Ham, «ils font un tabac avec les enfants». Un des concepteurs des parcs Universal Studios en Floride a même été recruté pour cette sainte croisade.
Caméléons.  La visite commence par un spectacle au planétarium : une démonstration étourdissante de la taille et des mystères de l’univers, que les «scientifiques laïques peinent à expliquer». Mais, si l’on admet que Dieu est à l’origine de tout cela, pas de souci, on peut poursuivre la visite en sirotant son Coca. En avant donc pour la vidéo d’un gentil paléontologue barbu qui nous explique que, bien que ses «collègues athées» estiment que les fossiles de dinosaures remontent à une centaine de millions d’années, il ­pense, lui, que les os ont été enfouis sous les sédiments à l’époque du Déluge, il y a précisément 4 300 ans. La datation au carbone 14 n’est apparemment pas validée par les Evangiles. On apprend aussi que les caméléons ne changent pas de couleur pour échapper à leurs prédateurs, mais pour «attirer les femelles et se rafraîchir».

Un peu plus loin, on nous explique que la Bible a commencé à perdre de son influence à cause d’une foison de libres-penseurs, méchamment dénoncés sur un mur du déshonneur : Bacon, Descartes, Laplace, Buffon, Darwin. On passe ensuite aux explications «scientifiques». Dieu a certainement créé l’ADN. Examinons le cas de l’œil : l’œil est vraiment très complexe, bien plus qu’une caméra vidéo. C’est donc la preuve qu’il a fallu un créateur omnipotent et omniscient pour inventer cette merveille. Pas convaincus par la science ? Repartons un peu vers des choses plus amusantes : des tableaux grandeur nature du jardin d’Eden, avec Adam, Eve, le serpent, les animaux (et les dinos). Il a beau être écrit dans Genèse 2:25, «Or tous deux étaient nus, l’homme et sa femme, et ils n’avaient pas honte l’un devant l’autre», ici, les cheveux d’Eve couvrent toujours sa poitrine, et Adam dissimule habilement son entrejambe.
Après la Chute, le héros, c’est Noé. Il est représenté en figurine animée qui parle anglais avec l’accent de Yasser Arafat, avec son arche qui contenait les dinosaures. Tout d’un coup, l’esprit sceptique émet une objection : «Mais comment toutes les paires de ­diplodocus et de brachiosaures (40 mètres de haut, 80 tonnes) sont-elles rentrées dans le paquebot en bois aux côtés des autres ­bestiaux ?» Comme le musée est bien fait, la réponse est ­couchée noir sur blanc : « Dans sa grande intelli­gen­ce, Dieu a choisi des bébés». C’était évident.

Étourdi par tant d’informations, il ne reste plus, près de la sortie, qu’à visionner un film qui suggère que les dragons des légendes européennes et chinoises du Moyen-Age ne sont rien d’autres que des dinosaures qui ont survécu un peu plus longtemps qu’on ne le croyait. Au sortir de cette présentation, deux professeurs d’un lycée local, venus observer «quelles âneries nos élèves vont bientôt nous sortir», grommellent. Une mère de famille les entend et s’approche d’eux : «Ayez l’esprit ouvert ! Pourquoi refusez-vous d’envisager une autre explication ?» Les deux profs battent en retraite, peu désireux de dialoguer.

«Existence de Dieu».  En ce jour de la mi-juin, les visiteurs affluent, certains venant de très loin, comme en témoignent les plaques d’immatriculation sur un parking presque plein. Comme la plupart d’entre eux, Mary-Ann Walter recherche «une théorie alternative de la création de notre planète, conforme à notre croyance en Dieu». David, un adolescent en short venu avec sa chorale pastorale, hésite encore : «Je ne sais pas si ce qui est présenté dans ce musée est vrai ou pas, mais cela me plaît davantage que le darwinisme, qui ne prend pas en compte l’existence de Dieu.» Confusion apparemment partagée par une majorité d’Américains, puisqu’un récent sondage ( USA Today) offre ce curieux résultat : 66 % estiment que Dieu a créé l’homme tel qu’il est aujourd’hui, et 53 % penchent pour la théorie de l’Evolution.



Aux Etats Unis, même si cela a été imaginé au départ par des parents qui souhaitaient "déscolariser" leurs enfants,  environ 80% des enfants suivent un programme ultra-religieux.


Article ajouté le 2009-06-22 , consulté 9 fois

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